
Depuis février 2023, le centre culturel Kôrè de Ségou (Mali), présente une exposition permanente d’art contemporain pour sublimer le vestibule ou le Bulon
Différents champs d’exploration artistique pour traduire la complexité du vestibule malien. Loin d’être un lieu anodin, à lui seul, le vestibule est un espace d’une grande profondeur communautaire, cristallisant de nombreuses valeurs maliennes. L’exposition permanente « Bulon » reflète une part importante de l’identité malienne. Dans l’aire culturelle Mandingue, Bulon désigne le vestibule, une pièce de la maison. C’est un espace multifonctionnel, un concept de très haute portée symbolique. Il est le siège du pouvoir familial, clanique ou du village, lieu de la tradition hospitalière ainsi que de conservation d’objets protecteurs, mais aussi des esprits.
Cette exposition est une interprétation du Bulon, selon l’approche curatoriale de Salia Malé ainsi que de Mamou Daffé. Dans le pavillon « Maaya Bulon », le vestibule malien est alors déconstruit afin d’être matérialisé, autrement dit, pour qu’une valeur culturelle soit représentée de manière palpable. Différentes facettes sont alors révélées au moyen de divers médiums, allant de la composition textile, en passant par la sculpture, mais également l’installation artistique, la présentation de costumes ou encore la vidéo que les artistes ont interprétée chacun à leur façon, l’une des fonctions du Bulon. Il y a le vestibule qui se conçoit en tant qu’espace de vie, mais il y a également cette proposition artistique qui vise à enrichir la réflexion sur le vivre ensemble, ainsi que sur la place de l’individu et de la communauté, comme indiqué dans les valeurs humanistes Maaya, mais il s’agit également du rappel d’autres valeurs telles que la transmission intergénérationnelle ou encore l’entraide et la solidarité à travers la diversité.

« La tente touareg », une proposition des commissaires
Parmi les médiums artistiques les plus parlantes figure une installation qui se rapporte à la « tente touareg », une proposition artistique émanant des curateurs. L’œuvre se compose d’éléments que l’on retrouve généralement à l’intérieur de la tente. Il s’agit notamment de sièges massifs arrondis, près du sol, ainsi que de tapis en cuir disposés de manière à donner l’illusion d’une concertation. Spécifique au Nord Mali, symbole de mobilité, de convivialité, mais également de partage d’expériences et de bonnes pratiques. La « tente touareg » est également un espace de promotion de diversité culturelle, de brassage, de vivre ensemble et de cohésion sociale. C’est une œuvre qui dispose d’une place de choix dans cette exposition car elle renferme tout un art de vivre malien. En effet, c’est en ce lieu que les communautés se réunissent pour donner forme à un regroupement informel désigné par le terme « Grin ». Un prétexte de réunion pour des personnes de même classe d’âge qui se réunissent pour la cérémonie de thé. Le thé est le symbole d’un espace de dialogue, de communion mais aussi d’apprentissage et de distraction dans la société malienne.

« diversité culturelle » selon Abdoulaye Konaté
L’on retrouve une œuvre d’Abdoulaye Konaté intitulée « La diversité culturelle ». Cet artiste malien connu pour sa technique de composition de textile, comme forme d’expression artistique, propose pour le vestibule une superposition de couleurs allant de la clarté à l’obscurité. Il a notamment décomposé la vision de la clarté avec du blanc, du beige, du jaune, pour ensuite obscurcir l’œuvre avec les couleurs orange, rouge, brun et bien entendu le noir, pour faire du coucher du soleil, la lumière centrale qui perce son ouvre et qui en devient ainsi la teinte la plus accentuée. L’artiste plasticien a voulu symboliser la diversité culturelle et l’expression d’un nouvel espoir. L’aube d’un nouveau jour où se confondent l’espoir, l’intelligence de la diversité des origines, des langues et des cultures. La diversité culturelle facteur de cohésion sociale, de pardon, de réconciliation, d’unité et de paix durable.
« La transmission intergénérationnelle » de Ladji Barry
Une toile bogolan, une œuvre construite à l’aide d’un savoir-faire textile propre au Mali, avec laquelle la réalisation des couleurs a nécessité l’emploi de la terre ainsi que d’autres teintures naturelles. Cette œuvre très évocatrice par le biais de l’image représentée illustre parfaitement la valeur accordée à la transmission dans la culture malienne. Pour l’artiste, il s’agit de s’attarder à une transmission intergénérationnelle qui ne se limite pas à l’héritage matériel ou encore génétique, car elle englobe également les traditions, les croyances et les récits familiaux. Ce processus est essentiel pour maintenir la continuité culturelle et émotionnelle au sein des familles et des communautés. Les relations entre générations, souvent entre grands-parents et petits-enfants, permettent un échange riche d’expériences et de perspectives, favorisant ainsi l’inclusion et le sentiment d’appartenance.

La raison d’être du vestibule dans la culture malienne ne se limite pas à la compréhension de ses fonctions sociales. Cet espace complexe introduit à la fois les valeurs hospitalières, les dialogues générationnels, la solidarité, mais également la conscience du passé, notamment par le caractère sacré du vestibule, qui donne toute leur importance aux ancêtres et aux croyances ancestrales. L’exposition vise également à donner un aperçu des différents modes de fonctionnement de la société malienne, comment celle-ci se concerte, mais aussi la manière dont la diversité est relevée, en particulier à travers la « tente touareg ». La transmission générationnelle est également une thématique cruciale dans le discours communautaire malien.
L’exposition regroupe ainsi des éléments fondateurs de la société malienne. Faisant du vestibule un espace d’exploration qui loin d’évoquer une identité complexe devrait davantage se percevoir comme le reflet d’une richesse culturelle. Par ailleurs, le geste qui consiste à présenter de manière permanente le « Bulon » comme un monde à part entière illustre l’attachement de la société malienne pour ses valeurs ancestrales.






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