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Le terme Zafimaniry fait référence à un pays malgache situé au Centre-Est de La Grande Île. Et doria signifie pour l’éternité. Cette exposition photographique abritée par l’Institut français peut se percevoir comme une manière d’arrêter le temps et de dédier un moment ainsi qu’un espace à la contemplation de ce peuple malgache.

Du 8 décembre 2025 au 24 janvier 2026, TangalaMamy, photographe mais avant tout ingénieur forestier ayant porté un projet de reboisement en territoire Zafimaniry depuis treize ans, a vu à plusieurs reprises la brume enveloppée les habitations en palissandre, ce bois épais particulièrement résistant, d’un noir profond, gravé de symboles. TangalaMamy connait parfaitement ces maisons qu’il a maintes fois sublimées par de nombreux clichés, qu’il révèle à présent avec cette exposition. Mais ces voyages incessants vers cette partie spécifique de Madagascar ont également été l’occasion pour lui de découvrir l’hospitalité zafimaniry.

Rencontrer les habitants, les côtoyer, apprendre leurs pratiques en ayant été invité à y participer, c’est ainsi que son intégration dans la communauté lui permet de connaitre leurs valeurs et leur philosophie de vie.

Rétablir la vérité derrière une rumeur esthétique

La brume apparait comme un voile mystérieux sur un village qui a longtemps attisé les curiosités. Leur art dédié à la gravure sur bois a toujours attiré des chercheurs malgaches et étrangers, mais également des designeurs. Mais surtout, ce pays a toujours été associé à tort à des chaises allongées provenant de l’Afrique de l’Ouest. Ce meuble est formé de deux éléments emboités, notamment d’un dossier avec des motifs gravés, avec une seconde partie de la chaise permettant de s’assoir.

Cette chaise est un véritable jeu d’équilibre car il faut en épouser les formes pour ne pas risquer un basculement. Ce style de siège dispose de différentes dénominations, chez les Dogons du Mali, on l’appelle « chaise du Roi Hogon ». L’histoire nous dit qu’un prêtre congolais est venu un jour avec ce style de chaise, avec des gravures. Ce meuble a ensuite été associé à ce peuple, car il s’agit de la culture malgache connue pour savoir travailler le bois.

Élément caractéristique de la culture Zafimaniry pour signifier le repos de l’âme chez les Zafimaniry, © Mianoka Andriamandroso

 Une exposition parsemée de symboles

Des motifs inscrits sur le bois (historiquement, il était question du palissandre), que ce soit sur les portes, les fenêtres ou encore les males de rangement. En effet, les motifs se retrouvent aussi bien à l’intérieur des habitations que sur les murs. Un marqueur identitaire à la fois omniprésent, mais néanmoins épuré, que l’on pourrait presque qualifier de discret dans la manière dont il est incrusté dans leur vie. Si pour quelqu’un d’extérieur, les inscriptions se perçoivent avant tout comme un attrait particulier pour l’ornement par le biais de la gravure sur bois, en vérité, ces symboles traduisent les valeurs zafimaniry.

En effet, il s’agit davantage d’une « pratique vivante, tissée dans la vie quotidienne des Zafimaniry, une manière silencieuse mais tenace de dire : nous sommes encore », explique Mianoka Andriamandroso, rédactrice des cartels de cette exposition. Vivre selon les valeurs ancestrales comprend la transmission des enseignements, mais cela concerne également l’apprentissage des techniques, et le « sokitra » (mot malgache pour désigner la gravure) en fait partie. Mais encore, « Le sokitra, ainsi, n’est pas seulement un art, c’est une signature. Une façon de dire, sans prononcer un mot : ceci est à nous, ceci vient de notre histoire », rencherit-elle.

La transmission générationnelle qui s’effectue à travers cette pratique se présente alors comme l’expression visible du respect des traditions. Mais encore, c’est dans un élan communautaire et de bienveillance que se conçoivent ces motifs, dont les significations diffèrent selon les symboles, et les emplacements sont également distincts.

Le « sokitra », l’art de graver des motifs sur du bois, un geste esthétique, une empreinte, un message,  © Mianoka Andriamandroso

Ce sont des symboles semblables à des énergies positives propagées par le biais du geste du sculpteur. Cela rappellerait presque ces objets chargés qui sont revêtues de symboles tout en étant dotés d’un caractère sacré.

Une scénographie pour donner vie à leur monde

Deux portes pour accueillir le visiteur avant de pénétrer l’exposition, l’une date d’une quarantaine d’années tandis que l’autre a été sculptée spécialement pour l’exposition. L’installation comprend également quelques objets disposés à travers la pièce : des nattes, des chapeaux, un escalier étroit, ou encore des instruments pour réaliser des tresses. Mais loin d’être présenté comme un musée contenant des vestiges d’une civilisation passée, il s’agit de montrer les outils utilisés quotidiennement car c’est une culture qui perdure, conservant son identité malgré la modernité.

TangalaMamy a tenu à mettre l’accent sur la vivacité de cette culture dans ce lieu semblable aux autres pièces d’exposition où l’on s’attend généralement à se contenter d’images figées, de représentations plus ou moins fidèles mais toujours esthétiques du réel. « Zafimaniry Doria » est l’illustration d’une envie de partager une partie d’un vécu au côté des Zafimaniry mais également une manière de donner de l’élan à des traditions qui sont amenées à se perpétuées, notamment par les techniques qui continuent d’être pratiquées.

Vue de loin du village des Zafimaniry dans la brume, © Mianoka Andriamandroso

De la naissance au repos de l’âme

Une expérience unique qui commence sur la gauche par la vision d’un amoncellement de nattes disposées dans un coin de la pièce, car cet objet se retrouve dans une photographie imposante d’une maison faite en nattes, réalisée à l’intérieur d’un « tranomena » (nom spécifique des maisons zafimaniry). Cette petite habitation se crée spécialement à l’occasion d’une future naissance, pour que la future mère soit choyée mais également pour marquer le début d’un long cycle dans lequel la naissance sera valorisée au plus haut point : « À la naissance, le nouveau-né est considéré comme un Zazarano : une petite entité sans nom, suspendue entre les mondes, jusqu’à la chute du cordon ombilical. La véritable naissance symbolique a lieu lors de la cérémonie du nom. ».

L’exposition qui débute par la naissance prend fin naturellement avec la fin de la vie terrestre et le repos de l’âme. Le parcours qui s’établie entre ces deux thématiques comprend des thématiques qui sont : « comment se structurent-ils ? », « qui sont-ils ? » ou encore, « comment vivent-ils ». En plus de la partie visant à faire découvrir les significations des symboles zafimaniry ainsi que de leurs styles de tresse, l’artiste photographe présente également des vues magnifiques de villages entourés de brouillard. TangalaMamy dédie également quelques murs de l’exposition à des photos à l’intérieur des maisons, ainsi qu’à des portraits en noir et blanc à l’extérieur de ces habitants du « pays de brume » comme aime à le dire TangalaMamy.

L’artiste exprime à travers des photos en noir et blanc et d’autres en couleur la réalité telle qu’elle est. Il indique ainsi que ce village n’est pas épargné par des influences extérieures, sans pour autant laisser de côté sa plus grande richesse, à savoir la mémoire des pratiques, de croyances et des techniques traditionnelles.

Photo de couverture © Mianoka Andriamandroso, Le « Homby », petite case de nattes neuves, confectionnée à l’occasion d’un naissance, véritable cocon pour la mère et l’enfant et protection contre le mauvais oeil 

journaliste culturelle et romancière malgache, Niry est contributrice chez Awalé Afriki.

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